LECTURES & CRITIQUES · EN VIDÉO
Devant Le voleur des rêves d’Ismael Ibouroi, Abdoulatuf Bacar commence sa lecture avant la première page : par le titre, l’image et la couleur de la couverture.
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Le livre avant la première page
Compte rendu de la chronique vidéo d’Abdoulatuf Bacar.
Dans sa chronique consacrée au Voleur des rêves d’Ismael Ibouroi, Abdoulatuf Bacar choisit une porte d’entrée singulière : le paratexte. Avant d’ouvrir le roman, il observe ce que la couverture raconte déjà. Le titre, le fond noir et le portrait d’un homme aux lunettes retiennent son attention. Ce visage de profil, qui semble détourner le regard du lecteur, fait naître une question : que dit cette image du livre qu’elle annonce ?
La lecture du récit lui fournit ensuite une piste. Bacar s’arrête sur un personnage dont le nom évoque pour lui le doute. Né dans un milieu bourgeois, celui-ci cherche à s’en éloigner et gagne les roches, à distance de son cadre social. Entre appartenance et fuite, le personnage incarne une tension que le chroniqueur croit reconnaître dans la composition de la couverture. L’image n’illustre plus seulement le roman : elle devient le point de départ d’une interprétation.
Bacar insiste enfin sur la recherche qui anime les personnages et sur leur refus de la place que la société leur assigne. Le noir de la maquette, à ses yeux, trouve un écho dans cette traversée du vide et de l’incertitude. Sa chronique invite ainsi à lire le livre, mais aussi à regarder de plus près l’objet que l’on tient entre les mains : une couverture peut poser les premières questions auxquelles le texte répondra, ou qu’il laissera ouvertes.
UN REGARD SUR LA CHRONIQUE
Lire le paratexte, lire autrement
Dans cette chronique, Abdoulatuf Bacar inaugure une nouvelle façon de lire un livre et d’en rendre compte. C’est ce qu’il appelle lire le « paratexte » : ce que l’on voit du livre avant d’en lire le texte, à commencer par son titre et sa couverture.
Mais cette nouvelle manière de lire tend aussi à rassurer ceux qui, comme Montaigne, se plaignent de ne presque rien retenir de ce qu’ils viennent de lire et se condamnent à une relecture inlassable, qui débouche parfois sur le néant. Elle permet à ceux qui n’ont pas lu un livre de se défaire de toute honte d’en parler et de se lancer, sans coup férir, dans la technique des lieux communs : celle qui consiste à produire un discours sur les livres.
Cette technique, qui consiste à parler d’un livre que l’on n’a pas lu en s’appuyant sur son paratexte, permet d’avoir quelque chose à dire sans perdre la face au moment où l’on est sommé de parler des livres. Elle est, au fond, une création sur la création, comme le suggère Oscar Wilde. Grand lecteur par ailleurs, Wilde pensait, non sans provocation, qu’un critique pouvait gagner à ne pas lire trop longuement l’ouvrage dont il devait rendre compte.
Pour autant, l’intention du chroniqueur, comme celle de Pierre Bayard, auteur de Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, n’est ni d’enlever à la lecture le trésor qu’elle offre ni de défaire l’acte de lire comme œuvre de création. Il s’agit moins de s’approprier une parole que de l’accueillir, de « devenir soi-même créateur » et d’élever l’acte de lire au rang d’une vocation, presque d’un art. Bacar nous invite, avec pertinence, à lutter contre l’une des versions sournoises de ce que Jean Paulhan nommait la « terreur dans les lettres ».
Msa Ali Djamal
