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L’affaire Fatah ou le rendez-vous manqué de Moroni ?

À propos des excuses de l’ancien maire de Moroni, Abdoulatuf Bacar salue la solidarité communautaire et appelle à ouvrir un débat sur la protection de la vie privée aux Comores.

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L’ancien maire de Moroni Abdoul Fatah Saïd Mohamed s’est excusé, samedi 26 septembre dernier, auprès de la communauté et de l’opinion publique en demandant pardon aux autorités traditionnelles de Moroni. J’ai accueilli cette nouvelle avec un sentiment partagé, car je la trouve à la fois bonne et regrettable.

Une initiative bienvenue, un malaise persistant

Bonne, d’abord, parce qu’il était temps qu’une initiative de la sorte soit prise, que le collectif communautaire moronien soit mobilisé pour tenter de limiter les dégâts d’une affaire privée que certains ont voulu transformer en affaire de toute une communauté. Cette solidarité montre qu’un collectif ne peut être tenu responsable des actes individuels de l’un de ses membres.

En revanche, je reste perplexe devant la démarche du pardon à la communauté moronienne. Car, dans cette affaire, nous avons peut-être oublié l’essentiel : l’ancien maire est lui-même l’une des principales victimes de l’exposition publique d’une affaire privée. Ce n’est pas lui qui a choisi de porter cette histoire sur les réseaux sociaux. Pourtant, l’opinion publique s’est rapidement saisie d’un message qui, au départ, n’était pas destiné à devenir une affaire publique.

La vie privée au cœur du débat

Mon regret est donc de voir que cette affaire n’ait pas permis d’ouvrir un débat encore plus profond sur la protection de la vie privée aux Comores.

La présence, à cette rencontre, de très hautes personnalités de Moroni aurait pu être l’occasion de porter cette question devant les institutions judiciaires et de poser un principe clair selon lequel personne ne devrait pouvoir transformer impunément la vie privée d’autrui en spectacle public.

Défendre la dignité de chacun

Moroni aurait pu alors donner le bel exemple, non pas en cherchant à condamner qui que ce soit avant la justice, mais en défendant le droit, la dignité et la vie privée de toutes et tous.

Aujourd’hui, c’est Fatah. Et demain ? Cela peut être n’importe lequel d’entre nous. Nos communautés ne doivent pas continuer à protéger seulement leur honneur collectif respectif. Elles doivent aussi défendre le droit de chacun à ne pas voir sa vie privée exposée sur la place publique.

Mon intention n’est pas de balayer d’un revers de main les efforts consentis jusqu’ici dans cette affaire, mais de rappeler qu’il est encore temps de prendre le taureau par les cornes sur ces grandes questions de mœurs dans le pays.

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