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Le carnet de notes de Msa Ali Djamal

Face aux jugements publiés après la mort d’un colonel, Msa Ali Djamal appelle à la retenue, à l’humilité et au respect du mystère des derniers instants.

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Hier, une triste nouvelle est tombée : un colonel est mort. Aussitôt, les réseaux se sont emparés de sa disparition. Certains ont exprimé leur peine, présenté leurs condoléances, prié pour le défunt. Rien que de très humain. Rien que de très naturel. D’autres, au contraire, ont dressé devant sa dépouille un inventaire sombre : ses fautes, ses manquements, ses responsabilités supposées, ce qu’il aurait fait, ce qu’il n’aurait pas dû faire. Comme si la mort elle-même ouvrait un tribunal.

La retenue devant la mort

Ce spectacle m’a profondément troublé. Depuis quand les condoléances sont-elles devenues des réquisitoires ? Depuis quand la dépouille d’un homme sert-elle de prétexte à solder les comptes des vivants ? Ce qui m’attriste davantage encore, c’est de voir des personnes instruites, des cadres, des intellectuels, parfois prompts à parler de morale et de religion, oublier soudain cette retenue élémentaire que la mort devrait imposer. Plus le savoir progresse, semble-t-il parfois, plus la dureté gagne du terrain. Nous maîtrisons davantage de mots, mais peut-être moins le silence.

Ce que nul ne peut savoir

Car que savons-nous réellement des derniers instants d’un homme ? Qui connaît le remords qui a pu traverser son cœur, le pardon qu’il a pu demander, la réconciliation intérieure qui a pu se produire dans le secret d’une conscience ? Qui sait ce que Dieu, dans Son infinie miséricorde, a accueilli d’un repentir que nul témoin n’a vu ? Il existe entre l’homme et son Créateur un territoire inaccessible aux commentaires, aux publications et aux sentences humaines. C’est peut-être précisément là que devrait commencer notre humilité.

Je me demande alors si nous n’assistons pas à quelque chose de plus profond : une déritualisation de la mort, une érosion de la civilité, peut-être même une forme de décivilisation. Jadis, la mort commandait le silence, la retenue, la prière, parfois même la suspension des rancœurs. Aujourd’hui, elle devient à son tour matière à polémique. Pourtant, il existe un moment où l’homme doit savoir suspendre son jugement : celui où commence le mystère. Et devant la mort, ce mystère porte un nom immense : la miséricorde de Dieu.

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